Retour sur le meilleur des séries françaises en 2012 (2)

Après l’évocation hier, par Nicolas SVETCHINE, des Revenants (Canal +), de Ainsi soient-ils (Arte) et de Clash (France 2), retour aujourd’hui sur trois autres séries qui ont marqué l’année 2012, à savoir Les Hommes de l’Ombre (France 2), Caïn (France 2) et No Limit (TF1).

Par Anne-Sophie GIRAUD

Les Hommes de l’Ombre (France 2), introduction en politique

Avec cette série, France 2 s’est attaquée au sujet épineux de la fiction politique – toujours très délicat – en abordant la campagne électorale d’une élection présidentielle anticipée vue de l’intérieur. Si la chaîne s’était déjà risquée jusqu’alors à des téléfilms politiques (comme Un Homme d’Honneur mettant en scène Daniel RUSSO dans le rôle de Pierre Bérégovoy et dont Dan FRANCK était déjà le scénariste), elle avait rapidement évacuée toute question politique ou de réalisme avec sa série L’Etat de Grâce mettant en scène une femme Président de la République.

Seul Canal + s’y était frotté avec des miniséries comme L’école du Pouvoir ou la – très réussie – série Reporters, malheureusement avortée au bout de deux saisons. Néanmoins, si cette série parlait fréquemment de politique (mettant même le Premier Ministre en avant durant la première saison), elle était avant tout centrée sur le monde journalistique.

A l’instar de Borgen (autre série politique, mais Danoise cette fois-ci), la série met en scène l’arrivée au pouvoir d’une femme, Anne Visage, interprétée par Nathalie BAYE, mais dans des circonstances très particulières. En effet, le Président de la République en exercice vient d’être victime d’un attentat et la Constitution impose d’élire un successeur dans les 35 jours. Immédiatement, le Premier Ministre se pose candidat. Mais Simon Kapita (excellent Bruno WOLKOWITCH), conseiller en communication politique, décide de revenir en France pour le contrer afin de préserver l’honneur de son ami décédé. Il se met alors en quête du candidat idéal, qui s’avère être Anne Visage, présente sur les lieux au moment de l’attentat visant le Président et profondément touchée par cette tragédie. A l’intrigue politique, s’entremêle une trame narrative de thriller.

La série – chose rare – a remporté un succès aussi bien public (5,2 millions de téléspectateurs pour les deux premiers épisodes, un excellent score pour la chaîne du service public) que critique ainsi que professionnel (Nathalie Baye a été récompensée du FIPA d’Or d’Interprétation Féminine). Grâce à cette réussite, la chaîne s’apprête à tourner, au printemps, la saison 2 qui s’attachera désormais davantage à l’exercice du pouvoir avec notamment le terrorisme en toile de fond.

 

Caïn (France 2), un flic handicapé en prime-time

Une série policière, c’est banal. Une série mettant en scène un héros handicapé, ça l’est déjà beaucoup moins. Mais quand le héros de cette série est un flic en fauteuil roulant, ça bouscule les habitudes. D’autant plus quand ce dernier n’a rien d’un héros bien lisse auquel on est – trop souvent – habitué.

Ce personnage, interprété par le toujours très juste Bruno DEBRANDT (vu notamment dans Engrenages sur Canal +), s’appelle Frédéric Caïn et il est capitaine de police à Marseille.

Difficile de ne pas penser à Docteur House quand on voit ce personnage et surtout quand on l’entend, tant il est cynique, irrévérencieux et adepte d’un humour corrosif, souvent très noir. Sans parler du fait que Caïn profite de son handicap pour outrepasser les lois. Autrement dit, Caïn est un personnage impertinent, bourré de défauts mais surtout d’humour.

Si Caïn respecte les codes d’une série policière avec une enquête bouclée à chaque épisode, Alexis LE SEC et Bertrand ARTHUYS (également réalisateur de la série), ses deux auteurs, se sont avant tout intéressés au caractère des personnages et notamment des relations entre Caïn et sa coéquipière, la lieutenant Lucie Delambre (Julie DELARME), qui est, d’une certaine façon, ses jambes et dont les échanges donnent souvent lieu à des joutes verbales. En effet, les enquêtes sont souvent très conventionnelles en comparaison avec les caractéristiques du personnage et de l’humour totalement décalé qui se dégage de cette série.

Auréolée d’un Prix de la Meilleure Série au Festival des Créations Télévisuelles de Luchon 2012, c’est le 5 octobre 2012 que la série a débarqué sur la seconde chaîne. Malgré une audience moyenne (3 millions de téléspectateurs), la série a néanmoins réussie à maintenir au fil des semaines cette performance face à une concurrence très rude : Les Experts Miami (ou des matchs de l’équipe de France de football) sur TF1 et NCIS Enquêtes Spéciales sur M6. Après un temps d’incertitude, nous avons finalement appris en décembre qu’une deuxième saison, en cours d’écriture, avait été commandée par France 2.

 

No Limit (TF1), une série qui bouscule les codes de la chaîne

Dans une volonté de renouveler ses séries TV vieillissantes, TF1 a commandé en 2012 plusieurs nouvelles séries dont No Limit aura été la première à être mise à l’antenne.

On peut soupçonner TF1 d’avoir voulu faire notamment comme Canal + en attirant sur sa chaîne des gens issus du cinéma dans une fiction télévisée : tout d’abord le producteur (Luc BESSON) qui a racheté Cipango dans le but de se lancer dans les séries télévisées et l’acteur principal (Vincent ELBAZ, peu habitué au petit écran). Quant au réalisateur principal (Didier LE PECHEUR), même si on l’a vu œuvrer sur le petit écran ces dernières années, notamment avec Faux-Coupable (France 2) ou la série Les Bleus, premiers pas dans la police (M6), il ne faut pas oublier qu’il a également réalisé, notamment au début de sa carrière, trois longs-métrages (dont Les Nouvelles du Bon Dieu avec Marie TRINTIGNANT en 1996).

Malgré un manque flagrant de réalisme (mais ce n’est pas le but de la série puisqu’il s’agit d’un pur divertissement), on peut noter l’effort fait par TF1 pour bousculer les codes des fictions qu’elle diffuse, en tentant par là-même, avec cette série d’action et son casting, auquel on compte également Anne GIROUARD (Kaamelott), de rajeunir son public en attirant les adolescents et les jeunes adultes (plus de 30% de PDM sur les 15-24 ans). On peut également noter le soin tout particulier apporté à la réalisation, résolument moderne.

Avec cette série qui, on peut le dire, était programmée pour marcher avec ce cocktail entre action et comédie, le souhait de TF1 est peut-être aussi d’industrialiser sa production, avec plus de moyens, puisque la saison 2 était déjà en cours d’écriture avant même la fin de la diffusion afin de permettre une plus grande réactivité, ce qui permettra à cette deuxième saison d’entrer en phase de tournage dès le printemps, ce qui laisse envisager une diffusion pour fin 2013 (soit un an d’écart entre les deux saisons, ce qui représente un délai très court comparé aux habitudes françaises).

Cette série, qui fait partie d’une volonté de renouveau pour la chaîne, est la première d’une lignée de quatre séries : Falco (avec Sagamore STEVENIN), Crossing Lines (avec Marc LAVOINE) et Jo (avec Jean RENO). A noter que ces deux dernières sont des coproductions internationales, comprenant donc un casting réunissant des comédiens de plusieurs nationalités et tournées en anglais (comme a pu le faire Canal + avec des séries comme Borgia).

Et vous, quelles séries françaises vous ont marqué en 2012 ?

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