Retour sur le meilleur des séries françaises en 2012 (1)

L’année 2012 aura permis de découvrir à la télévision des séries innovantes et exigeantes,  signe d’un certain renouveau pour la création française.
Certaines chaînes ont osé (enfin !) se lancer dans des choix audacieux en matière de fiction et on ne peut que s’en réjouir.
Des Revenants (Canal+) à Ainsi soient-ils (Arte), en passant par No Limit (TF1) mais aussi Clash, Caïn et Les Hommes de l’Ombre (France 2), retour sur ces séries françaises qui ont retenu notre attention en 2012.

Par Nicolas SVETCHINE

Les Revenants (Canal +), véritable tournant pour la fiction française !

Impossible de passer à coté de cette fabuleuse série imaginée par Fabrice GOBERT.
Elle restera incontestablement notre coup de cœur de l’année 2012 (voir nos précédents  articles : ici, ici et ici).
Depuis Lost, jamais une série n’aura engendré autant de réactions de la part des fans qui ont développé de très nombreuses théories sur le web.

La force de cette série tient incontestablement dans son genre, subtilement revisité.
Cette fiction, présentée comme fantastique est en réalité très réaliste à l’écran, ce qui permet de favoriser l’identification qui se met très rapidement en place. Le fantastique est surtout suggéré car il apparaît très peu à l’image (sauf sur les deux derniers épisodes qui engagent un virage un peu plus fantastique…).
Les scénaristes réussissent ainsi le tour de force consistant à faire rentrer le surnaturel dans la réalité.
Autre réussite, les scénaristes de la série arrivent à brouiller les pistes avec subtilité et ainsi nous faire douter jusqu’aux dernières minutes.
Enfin, la série aura su se faire remarquer par un univers visuel prodigieux (inspiré de  l’univers de Charles BURNS et des photographies de Gregory CREWDSON) dont les séries françaises ne sont pas vraiment habituées il faut bien le reconnaître….

Si beaucoup ont immédiatement pensé à Twin Peaks (la série de David LYNCH et Mark  FROST qui décrivait aussi une petite ville plongée dans l’étrange) en regardant Les   Revenants, peu en revanche ont relevé le célèbre film de Stanley KUBRICK : Shining,  présentant une ambiance assez similaire avec une action qui prend place sur un lieu en  montagne, isolé du reste de la société où le personnage central est un petit garçon… aussi mystérieux que terrifiant !

Cette série échappe ainsi aux codes habituels des séries françaises pour nous surprendre avec brio.
La meilleure conclusion revient à Pierre SERISIER : « Cette série montre la voie qu’il faut suivre pour que la fiction française trouve son originalité et ne cherche pas à copier ce qui se fait ailleurs en misant sur l’argent et non sur le talent. »

Ainsi soient-ils (Arte), la réussite d’un pari audacieux

Brillamment remarquée au Festival Séries Mania à Paris en avril 2012 (où elle remporta le prix de la meilleure fiction française) et très chaleureusement applaudie en septembre  dernier au festival de la Fiction TV à la Rochelle, Ainsi soient-ils confirme les choix  audacieux dans lesquels s’engage Arte en matière de fiction.
Un pari risqué, celui d’aborder en fiction française à la télévision le thème de la religion (quasiment jamais traité auparavant) qui, à première vue, n’a rien de séduisant pour attirer les téléspectateurs…
Cependant, grâce à des personnages complexes et une intrigue passionnante qui nous mène de Paris jusqu’aux secrets du Vatican, cette immersion inédite dans le milieu de l’Église à notre époque a su retenir l’attention des téléspectateurs. Mieux, l’audience de la série à été très largement au delà des espérances d’Arte puisque Ainsi soient-ils a réalisé en moyenne 5,3% de PDM soit 1 379 000 téléspectateurs, un véritable record pour la chaîne franco-allemande, habitué à une moyenne de 650 000 téléspectateurs et 2,6% de PDM en prime-time…
Face à cet engouement, une saison 2 est bien entendu en préparation. Le tournage devrait commencer au printemps pour une diffusion début 2014.

La série n’échappe cependant pas à certaines maladresses, notamment la personnalité des héros qui est trop souvent stéréotypée, comme l’évoque Alain CARRAZE, spécialiste des séries : « Yann est le candide, mais cumule : très jeune, chef scout, tête de turc… Raphaël est le fils de bonne famille, bien trop impliqué dans des histoires de sociétés, de pouvoir et d’argent. José est le repris de justice et, à ce titre, c’est l’écorché vif de service, fonceur et agressif dans ses propos… ».
De plus, les personnages semblent évoluer un peu trop vite « ici, au fil des épisodes, les  caractères changent en une ou deux scènes » poursuit Alain Carrazé.
Dernier point, à force de vouloir multiplier les rebondissements et traiter tous les sujets possibles (sexualité, adultère, corruption, suicide, IVG, alcoolisme, lutte de pouvoir,  conservateurs vs progressistes, luttes des classes…), « les créateurs de Ainsi soient-ils donnent l’impression d’avoir rempli à ras-bord leur série, au détriment d’une véritable  progression des personnages » souligne Alain Carrazé.

Mais qu’importe, on retient avant tout l’audace du sujet (il fallait oser aborder la question de la foi…) traité avec brio, mais aussi des acteurs éblouissants comme l’immense Michel DUCHAUSSOY ou encore Jean-Luc BIDEAU qui nous livre un jeu d’acteur épatant !

La série interroge aussi sur l’engagement avec des personnages qui au delà des stéréotypes sont plus complexes qu’ils n’en ont l’air. Au fur et à mesure des épisodes, les personnages font face à de nombreuses désillusions, émettent des craintes, se remettent en question… Ils commettent des fautes et leurs faiblesses se révèlent clairement. Enfin une série française arrive à ce point à rompre véritablement avec certaines séries où, pendant longtemps, florissaient des personnages trop lisses. La série arrive aussi à aborder sans tabous des sujets comme l’IVG ou l’homosexualité.

Scénaristes et comédiens là où on ne les attend pas…

La réussite de ces séries – résolument modernes et audacieuses – tient également dans une volonté de renouveau, autant dans l’écriture que dans le choix des comédiens.
Bruno NAHON, producteur de la série Ainsi soient-ils, explique : « Dans ma recherche de scénaristes, l’un des premiers critères a été le suivant : qu’ils n’aient jamais écrit de fiction française ».
Quant à la série Les Revenants, les acteurs viennent principalement du cinéma ou du  théâtre. La directrice de casting, Emmanuelle PREVOST raconte [lors d’un entretien au journal Les Inrockuptibles] : « Il était exclu de faire venir des comédiens connus pour la télé ».
Le créateur même de la série fantastique de Canal+, Fabrice GOBERT, n’avait jamais travaillé pour la télévision auparavant. Il illustre ainsi très bien cette nouvelle génération d’auteurs.
Et si le secret de la réussite était aussi là, rompre cette frontière cinéma/télévision et leurs propres codes en matière de fiction… ?

Clash (France 2), retour sur un crash prévisible…

Cette série qui proposait de s’immerger dans le monde des adolescents a été une très bonne surprise de la part de France 2. Mais le succès ne fut pas au rendez vous, avec 2 millions de téléspectateurs en moyenne lors de sa diffusion sur France 2.
Du coup, la saison 2 – qui était déjà en cours d’écriture avant même sa diffusion – ne verra pas le jour…
La chaîne, évidemment insatisfaite des chiffres d’audience, a d’ailleurs indiqué qu’elle renonçait aux développements de futures fictions s’adressant à un jeune public…

Pourtant, la série avait suscité l’enthousiasme avant sa diffusion… Sélectionnée au festival Séries Mania et récompensée par le prix d’interprétation féminine décerné aux trois jeunes comédiennes Zara PRASSINOT, Camille CLARIS et Alysse HALLALI, mais aussi plébiscitée par la critique avant son arrivée à l’antenne… Comment expliquer alors un tel échec ?

Les premiers épisodes sont malheureusement loin d’être les meilleurs de la saison. Pire, l’épisode pilote (le n°1) était clairement le moins réussi car nous étions en plein dans les clichés et les stéréotypes de l’adolescence. Cependant, les épisodes 4 et 5 se démarquaient nettement en étant les plus poignants et les plus touchants. L’épisode pilote aurait du être plus accrocheur pour servir de locomotive à la série. Il n’a fait, au contraire, que faire fuir les curieux… Dommage.
Également, soulignons que le public visé, en l’occurrence ici les adolescents, ne sont pas encore réconciliés avec leur fiction nationale et préfèrent, de loin, se tourner vers la fiction étrangère, « une valeur sûre » selon eux… Ils ont été en effet des milliers, en France, à se tourner ces dernières années vers des séries comme Skins, excellente série britannique qui traite des sujets d’adolescents.
Enfin, il aurait été beaucoup plus judicieux de proposer cette série sur France 4, sachant que la volonté de France Télévision est justement d’en faire la chaîne consacrée aux jeunes.
Cette série aurait donc eu sa place bien plus volontiers sur France 4. La caser sur France 2 fut une erreur de cible incontestable…

Clash aura été une série moderne, innovante, qui aborde avec beaucoup de justesse l’adolescence mais qui n’aura pourtant pas su trouver son public.

Les Revenants, Ainsi soient-ils et Clash ont toutes en commun cette volonté de nous plonger dans l’intime, dans le traitement des personnages. Ce choix d’axer la série sur l’intime est à vrai dire une « spécialité » française dont nous pouvons nous targuer !

=> Retrouvez la suite de notre bilan des séries françaises 2012 avec Les Hommes de l’Ombre (France 2), Caïn (France 2) et No Limit (TF1)

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