Les Revenants : décryptage d’un générique énigmatique

 Par Nicolas SVETCHINE

L’une des singularités de la série de Canal+ Les Revenants réside dans son générique, énigmatique, à l’image de la série. Lors de la diffusion de la série, peu de monde s’est penché sur l’étude du générique qui mérite pourtant une attention particulière pour tenter de lever le voile sur certains mystères de la série. Le générique nous distille en effet subtilement certains indices à travers des représentations et symboles. Les interprétations qui en découlent n’en reste pas moins nombreuses. Ce générique, signé Batmanu (auteur notamment des génériques de Secret Défense, Micmac à tire-larigot et Astérix aux Jeux Olympiques pour le cinéma), est aussi intéressant par son esthétisme avec un jeu de reflets et de lumière sur l’absence, la solitude, l’isolement, la vie et la mort.

Le principal mystère relatif à ces images d’ouverture réside dans le fait qu’aucune des scènes présentes au générique ne figurent dans la série, même si elles s’en rapprochent parfois fortement. C’est notamment le cas pour la scène (photo ci-dessus) où le petit garçon (Victor) se trouve au milieu de la route. Si beaucoup ont immédiatement pensé qu’il s’agissait d’une scène du premier épisode où l’on apprend que Victor est à l’origine d’un accident de bus scolaire, on constate cependant, en regardant de plus près, que la scène du générique diffère légèrement puisque l’on peut voir apparaître une gerbe sur le bord de la route. De plus, lors de l’accident de car, ce dernier chute dans un ravin sur plusieurs centaines de mètres. Hors sur cette scène du générique, il semble que cette route où se trouve Victor se situe à quelques mètres à peine au dessus du lac, puisque l’on peut apercevoir la ligne du niveau d’eau, à la limite des arbres.

Pourtant, sur ces deux images, on y aperçoit Victor habillé de la même façon, dans une position identique et en plein milieu de route. Cela participe ainsi à nous faire douter. Les pistes se brouillent, avec subtilité.
Egalement, si le symbole de la mort est représenté au générique par une gerbe de fleur sur le bord route, la scène de la série quant à elle met en scène la vie (quelques secondes avant la mort…) avec le rétroviseur, symbole de la vie, du mouvement, reflet des humains avant qu’ils ne meurent…

L’action de la série prend place au cœur d’une petite ville moderne de montagne dominée par les sommets escarpés des Alpes et par un énorme barrage en béton, lieu fondamental dans la série, non seulement pour son ambiance, mais aussi pour son intrigue.
Pour les besoins du tournage, c’est le barrage de Tignes qui a été choisi. C’est la deuxième fois que ce barrage prête ses traits à une production audiovisuelle d’envergure, près de 10 ans après le tournage de Taxi 3 qui comprenait un long plan séquence sur ce lieu. Pour Les Revenants, il devient un lieu récurrent, présent dans quasiment chaque épisode de la série.
Dès l’épisode 1, le premier mystère consiste à comprendre pourquoi le niveau d’eau du lac baisse de manière considérable. D’autre part, le barrage est aussi le lieu du suicide de M. Costa, provoqué par le retour de sa femme qu’il avait enterré des décennies avant. Malgré l’absence de fissures détectables, l’eau du barrage diminue et inonde en partie la centrale électrique attenante.

Ce plan ci-dessus nous présente une vue spectrale d’un troupeau de créatures de montagne sans vie en suspension sous les eaux du lac. Ils semblent figés et agissent comme un système d’alerte précoce. On comprend vite qu’il se passe quelque chose de très étrange dans ce lac, qui pourrait être la clé de nombreux mystères…

Il a été démontré qu’à peu près tous les Revenants sont reliés à l’électricité et donc à l’éclairage. Lors du premier épisode, l’éclairage d’une station service se met à clignoter lorsque Camille passe devant. Simon semble provoquer un black-out de toute la ville lorsqu’il est interrogé par la police et Victor en fait de même quand il rend visite à Pierre. L’eau, ici, apporte de l’électricité. Elle se transforme ainsi en fluide électrique, comme le montre la tension des lignes de l’usine.

A regarder de plus près cette flaque d’eau, on y voit dans son reflet deux enfants qui jouent, pourtant, un seul des deux apparaît à la « surface ». Est-ce une représentation symbolique de l’ombre de l’enfance? La mort (représentée par le reflet dans l’eau de la flaque) côtoie la vie, en surface, avec la petite fille qui joue.
On note également la présence de l’eau, élément central de l’intrigue. Omniprésente dans la série, l’eau est clairement un lien de transition entre le réel et le fantastique.

On distingue ici une image saisissante de quelqu’un posant comme le Christ en face de la bibliothèque de la ville. Cette pose les bras en croix pourrait être un clin d’œil à la conviction du personnage de Pierre que la réincarnation est un miracle chrétien. Ce symbole de crucifixion suggère que ce personnage est pétri de culpabilité, pour des raisons que l’on découvre plus tard, et il doit par conséquent payer ses fautes. Mais au-delà de cet aspect, la croix signifie aussi la mort, toujours très présente dans la série.
Ce qui surprend le plus dans la séquence, c’est l’ombre de la croix qui bouge et tourne alors que toutes les autres ombres restent fixe. La mort ne serait donc pas figée.
Enfin, quoi de mieux que la froideur et l’immensité de cette place épurée pour suggérer la solitude, une fois de plus…

La relation entre la vie et la mort est donc présente tout au long de ce générique, qui conjugue habilement des plans de décors avec des paysages et des plans de personnages, tous des revenants. La mort n’est jamais loin d’eux (Victor est à coté d’une gerbe de fleur, la présence de tombes, le symbole de la croix, …).
L’eau, symbole de vie, est aussi symbole de mort puisque c’est elle qui a englouti un village et tuée de nombreuses personnes lorsque le barrage a lâché.
Le temps semble s’être arrêté, sauf pour les revenants, qui représentent paradoxalement la vie, puisqu’ils sont les seuls à être « en action » et à ainsi animer le lieu où ils se trouvent. Et pourtant, comme le souligne Pierre Langlais (Journaliste spécialiste des séries TV) dans Télérama, si « tout semble en suspension » avec « la plupart des plans au ralenti », « le générique des Revenants exprime aussi la notion de temps qui passe. Les nuages filent dans le ciel, la nuit tombe subitement, les lumières s’éteignent brusquement. ».
Ainsi, le générique à lui seul reflète bien toute la complexité et le caractère énigmatique de cette série.

Remerciements : Lucie Alexis

→ Retrouvez également nos précédents articles sur la série :
Les Revenants, un triomphe international
– « Les Revenants » et « Workingirls » nommées aux International Emmy Awards 2013
– Les Revenants, le bilan après la diffusion de la saison 1
– Les théories des internautes sur le mystère des Revenants…
– Les Revenants, la nouvelle série française digne de tous les éloges !

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