Interview exclusive de l’acteur Johan LIBEREAU

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Par Simon CHEVALIER

En presque 15 ans de carrière, Johan LIBEREAU a multiplié les expériences. De sa révélation devant la caméra d’André TECHINE à sa participation au dernier film d’Andrzej ZULAWSKI en passant par ses apparitions dans des courts-métrages et à la télévision, l’acteur revient pour FrenchCineTV sur son parcours riche et loin d’être terminé.

Tu débutes en 2002 en étant repéré lors d’un casting sauvage dans un train de banlieue. En quoi cela a-t-il influencé ton parcours d’acteur et penses-tu que, sans cette opportunité, tu aurais quand même été attiré par ce métier ?

En fait, j’étais déjà attiré par ce métier car cette année-là, j’avais envisagé d’arrêter la pâtisserie pour prendre des cours de théâtre mais ça me semblait compliqué, financièrement parlant. Et quelques jours après, j’ai été repéré dans un train. J’y ai vu l’opportunité de changer de vie du jour au lendemain et dès que j’ai mis les pieds sur le plateau de Tais-toi de Francis VEBER, j’ai compris que je n’avais plus envie de faire de la pâtisserie.

Douches Froides

2005, premier grand rôle dans Douches Froides d’Antony CORDIER et premier prix, celui du Meilleur Espoir décerné par l’Académie des Lumières. Qu’as-tu ressenti ? Une forme d’acceptation dans « La Grande Famille du Cinéma Français » comme on dit ?

Ce sont de grands mots. Disons que ça m’a fait plaisir d’avoir accompli quelque chose, moi qui n’ai pas le Brevet des Collèges parce que j’ai arrêté l’école très tôt. J’avais ramené toute ma famille, j’étais fier, particulièrement pour mes parents. Après, même si je ne fais pas ce métier pour les prix, la reconnaissance qu’ils apportent fait du bien intérieurement, on se dit que notre travail a plu aux gens. En plus, avec Douches Froides, c’était la première fois que j’accompagnais un film de bout en bout, du casting à la présentation, notamment à la Quinzaine des Réalisateurs.

Les Témoins

En 2007, tu tournes pour André TECHINE Les Témoins avec un casting prestigieux : Emmanuelle BEART, Michel BLANC, Sami BOUAJILA, Julie DEPARDIEU… Ce film te vaudra également une nomination aux Césars dans la catégorie Meilleur Espoir et le prix du Meilleur Acteur décerné par les cinémas MK2. Comment as-tu vécu cette expérience qui t’a révélé au grand public ?

Je ne sais pas si on peut parler de grand public, les films d’André TECHINE ne dépassant que rarement les 700 000 entrées : c’est du cinéma d’auteur. Mais me retrouver face à tous ces formidables acteurs, c’était grandiose. Quant aux Césars, je m’étais préparé à ne pas l’avoir mais en entendant les applaudissements de la salle à l’annonce de mon nom dans la liste des nommés, je me suis dit : « Peut-être que… » et en fait non. Je me souviens en avoir pleuré, c’était très ambigu comme situation.

2008, même si tu ne fais pas ce métier pour les prix, tu en reçois encore un : Meilleur Espoir au Festival Jean CARMET pour le court-métrage Madame de Cyprien VIAL. C’est important pour toi, les films courts ? Est-ce une autre façon de travailler ?

C’est très important, en effet. C’est une partie non négligeable de ma carrière. J’essaie d’en faire 4 ou 5 par an, ça me permet de travailler mon jeu d’acteur, parfois sans être payé et de garder une certaine visibilité. Après, dans la façon de travailler, c’est vrai qu’on est plus indulgent sur un plateau de court-métrage car on sait que ce sont des débutants, disons que la notion du temps n’est pas la même. D’ailleurs, je me souviens que sur Madame, il avait fallu être patient et que Nicole GARCIA, ma partenaire, m’avait appris à trouver des activités dans l’attente. Mais ça reste du cinéma à part entière et le format importe peu quand on a le talent.

Q

En 2009, tu participes au film Q de Laurent BOUHNIK, un film à la sexualité explicite. L’occasion de revenir sur ton rapport à la nudité au cinéma : c’est quelque chose qui ne t’a jamais fait peur, visiblement…

Contrairement à beaucoup d’acteurs, je ne suis pas narcissique et, pour le film de Laurent, j’avais refusé d’apparaître nu car, pour moi, la sexualité explicite s’apparente à de la pornographie. Dans ce long-métrage, je suis donc une exception, le seul acteur à rester habillé.

2009 toujours, tu tournes un film de genre Vertige d’Abel FERRY. Le mélange des styles, passer d’un film d’auteur à un film d’horreur, c’est quelque chose que tu apprécies ?

Bien sûr, d’autant plus que je suis d’une génération qui a grandi avec les « survivals » comme Scream. Cela me permettait en plus de renouer avec l’escalade, une discipline que j’appréciais depuis longtemps.

Voie Rapide

Les années suivantes, tu as multiplié les premiers rôles : Belle Epine de Rebecca ZLOTOWSKI en 2010, La Brindille d’Emmanuelle MILLET en 2011, Voie Rapide de Christophe SAHR en 2012… J’ai l’impression que c’était tout le temps le même personnage, tu penses avoir été victime d’une étiquette ?

C’est la France ! Il est vrai que j’aimerais avoir une palette de jeu plus grande, interpréter des psychopathes ou des hommes d’affaires mais le cinéma français le permet peu. Néanmoins, parmi tous ces films, j’ai une tendresse particulière pour Voie Rapide car je suis resté sur le projet pendant 2 ans en amont du tournage et qu’en plus de retrouver Christa THERET, ma partenaire de La Brindille, j’étais de tous les plans du début à la fin, ce qui ne m’était pas arrivé depuis Douches Froides 8 ans auparavant.

En parlant de rôles différents, en 2014, c’est la télévision qui t’offre la possibilité de jouer un poilu dans Ceux de 14 d’Olivier SCHATZKY. Un projet qui te tenait à coeur, je crois…

Ah oui, le fait de pouvoir rendre hommage à la génération de nos arrières-grands-parents, qui ont souffert dans les tranchées pour la France, était très important à mes yeux. Surtout que nous relations une histoire vraie, celle d’un lieutenant qui a perdu tous ses hommes durant les 6 premiers mois de la guerre. Ce tournage fut très intéressant mais aussi très dur : nous étions à Verdun, dans des conditions quasi-réelles, si ce n’est qu’à la fin de la journée, nous allions manger, nous doucher et je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ceux qui, 100 ans auparavant, n’avaient pour abri que des tranchées boueuses, qu’ils ne quittaient que pour des assauts meurtriers parfois en pleine nuit, qui étaient réveillés par les obus. Tout cela m’a marqué profondément.

Cosmos

Cette année 2015 fut chargée avec 2 films importants : le court-métrage L’Appel d’Alban RAVASSARD qui a accumulé les sélections en festivals partout dans le monde et Cosmos d’Andrzej ZULAWSKI qui est sorti le 9 Décembre dernier. Que peux-tu nous en dire ?

L’Appel est un super court-métrage qu’on a tourné en 2 fois pour cause de financement car il y a beaucoup d’effets spéciaux. Je me suis vraiment éclaté à le faire car c’était un vrai film de professionnels, d’ailleurs on aurait pu se croire sur un long-métrage parfois. J’en garde un excellent souvenir même si, à cette époque-là, j’avais le genou en vrac et que certaines scènes m’ont bien fait souffrir. Quant à Cosmos, ce fut un véritable honneur que de jouer devant la caméra d’Andrzej ZULAWSKI même si les textes excellaient dans la difficulté et étaient très durs à retenir. De plus, on a tourné au Portugal alors que mon père se faisait opérer d’un cancer en France : pas évident dans ces conditions de se concentrer. Heureusement, j’ai pu compter sur de supers partenaires dont mon ami Andy GILLET que je connais depuis longtemps et qui est un très grand acteur.

Et en 2016, on attend Super Z de Julien de VOLTE et Arnaud TABARLY…

Là, pour le coup, je qualifierais ce tournage de semi-professionnel car on a souffert d’un manque de préparation : on attendait pendant des heures, on se couchait vers Minuit, 1 heure, on se levait à 5 heures pour se faire maquiller et ce pendant 6 semaines. Bien sûr, j’étais heureux de jouer le rôle d’un zombie mais devant les conditions difficiles et le manque de confort, j’avoue que j’ai failli quitter le film. Finalement, on est arrivé au bout mais non sans difficultés.

Tu as croisé beaucoup d’artistes dans ta carrière : quels sont ceux qui t’ont le plus marqué et ceux avec qui tu aurais envie de travailler ?

Ma plus belle rencontre dans ce métier reste Guillaume DEPARDIEU. Je ne l’ai connu que pendant 1 an mais cet homme a touché ma vie et ma carrière future car chaque film est pour moi une façon de lui rendre hommage. J’ai également eu une relation très forte avec Sami BOUAJILA sur Les Témoins. Il m’a donné beaucoup de conseils et a su me rassurer quand j’étais pris par le doute. Enfin, sur le même film, j’ai entretenu des liens étroits avec Emmanuelle BEART. En plus, son fils s’appelle aussi Johan. Je regrette que l’on se soit perdu de vue et j’aimerais bien la revoir. Il y a beaucoup de grands acteurs avec qui je souhaiterais travailler : Vincent CASSEL, Jean DUJARDIN, Benoît POELVOORDE… Comme tous les jeunes acteurs, j’adorerais être dirigé par Jacques AUDIARD mais pas pour un petit rôle. J’ai d’ailleurs passé le casting pour Dheepan. J’avais adoré le scénario mais le personnage que l’on me proposait ne me plaisait pas du tout. Moi, si je tourne pour le réalisateur de De Rouille et d’Os, c’est pour qu’il me travaille, qu’il m’utilise, qu’il me modèle… Je crois d’ailleurs que c’est pour ça que j’ai fait exprès de ne pas être bon aux essais. Sinon, Cédric KLAPISCH fait aussi partie de mes rêves d’acteur.

En plus de travailler avec tous ces grands, que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

Faire un maximum de gros films et développer ma société de production « La Famille » pour laquelle j’ai des projets de documentaires et de courts-métrages.

Un grand merci au cinéma Le Louxor qui nous a accueilli chaleureusement.

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