[Focus] Jacques TATI : « Les vacances de Monsieur Hulot » (1953) et « Mon Oncle » (1958)

Par Simon CHEVALIER

Les Vacances de Monsieur Hulot (1953)

Jacques TATI nous amuse tendrement à défaut de nous faire rire aux éclats.

M. Hulot part en vacances au bord de la mer. Sa présence à l’hôtel de la plage de Saint-Marc-sur-Mer va apporter son lot d’imprévus et de fantaisie.

Ce film nous plonge dans la France des années 50 figée dans des conventions obsolètes aujourd’hui mais qui ne manquent pas de charme surtout quand Jacques TATI s’amuse à les dynamiter. Son personnage fétiche, un grand escogriffe dégingandé, multiplie les gaffes et les bêtises, comme un enfant. Et c’est ce qui nous touche chez M. Hulot, cette âme d’enfant, inadaptée au monde des adultes qu’il essaye pourtant tant bien que mal d’intégrer avant finalement de renoncer et de s’amuser avec ses « semblables », des gamins d’une dizaine d’années qui jouent sur la plage.

Ce monde de l’enfance, Jacques TATI y replonge dans son film suivant : Mon Oncle.

Mon Oncle (1958)

Un film hilarant sur les absurdités et le ridicule de la modernité tout autant que sur la poésie d’une certaine « Vieille France ».

Gérard est un enfant qui a de la chance : ses parents sont aisés et férus de modernité. Ils vivent dans une grande maison toute équipée avec un magnifique jardin. Mais la chance de ce petit garçon réside ailleurs, c’est celle d’avoir M. Hulot comme oncle. Lui vit dans un quartier animé et joyeux où tout le monde se connaît et où les possibilités de bêtises sont infinies.

En montrant le contraste qui existait à la fin des années 1950 en banlieue parisienne (l’histoire se situe à Saint-Maur dans le Val-de-Marne) entre les vieux quartiers populaires et les nouveaux quartiers chics pavillonnaires, Jacques TATI signe un de ses chefs d’œuvre. Les passerelles entre ces 2 « mondes » si proches et pourtant si dissemblables sont nombreuses que ce soit le chien de la famille qui va s’encanailler avec ses copains, les chiens errants ou la musique de l’accordéon qui emplit un bureau gris et triste par l’intermédiaire d’un téléphone. Si le réalisateur retrouve son personnage fétiche de M. Hulot avec sa candeur et son innocence rafraîchissantes, il s’en donne à cœur joie pour égratigner le modernisme au travers de cette maison où tout communique sauf la famille qui y habite. Quand M. Hulot règle un différend autour d’un verre avec force, éclats de rire et chansons, sa sœur et son beau-frère s’ennuient dans un club à la mode et le simple pantin offert à Gérard par son oncle le rend dix fois plus heureux que la belle locomotive, donnée par son père quelques minutes plus tôt. Ce film brille ainsi par l’intemporalité des souvenirs d’enfance et de ses joies simples. Au-delà de l’humour et de la tendresse que véhicule cette œuvre, on peut également ressentir à de nombreuses reprises un sentiment d’injustice, les efforts de M. Hulot pour bien faire étant toujours mal jugés. Malheureusement, on connaît la fin : les vieux quartiers sont amenés à disparaître emportant avec eux leur convivialité et le film se termine de la plus belle façon qui soit avec un voile de poésie et de nostalgie.

Jacques TATI était un peu notre Charlie CHAPLIN français : Mon Oncle ressemble beaucoup aux Temps Modernes et son humour visuel ainsi que son personnage attendrissant faisaient et font toujours rire et s’émouvoir toutes les générations. Mais ses films sont aussi une ode à une époque où la simplicité était source de bonheur et où le contact humain n’était pas une affaire de « réseaux sociaux », une époque qui nous manque cruellement aujourd’hui.

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