[Flashback] Le Premier Jour du Reste de ta Vie (2008) de Rémy Bezançon

Par Michael Rossi

Rémi BEZANCON nous avait pourtant prévenu avec Ma vie en l’air : les clichés du quotidien, emblème fané d’un cinéma français jugé « facile », deviennent des armes émotionnellement létales lorsqu’ils sont manipulés avec talent. Une famille, puis cinq vies, à peine cinq jours, ceux qui vous font, défont, qui vous abiment et ressoudent. Ces instants où l’accumulation délétère des silences perce les abcès d’un amour souvent maladroit. De l’affection réprimée d’un père à son fils à l’attachement viscéral d’une mère, en passant par une complicité fraternelle délicate, le récit jette les bases d’une destinée familiale sans surprise. Une recette qui, agrémentée d’acteurs honorables et de dialogues convenus, aurait fini sur le buffet, déjà bien garni, qui sustente les détracteurs de notre bon vieux cinéma français. Seulement, malgré un scénario quelque peu naïf (les critiques s’en délectaient d’avance), Le premier jour du reste de ta vie s’impose, surprend, nous fout en l’air, par l’évidence de son casting cinq étoiles (Jacques GAMBLIN est majestueux, Zabou BREITMAN lumineuse) qui nous rappelle, une fois encore, que les acteurs français n’ont rien à envier à personne (suivez mon regard porté vers l’Atlantique…).

Rajoutez à cela une bande son lunaire (Sinclair) et des dialogues ciselés, et vous obtenez un formidable ascenseur émotionnel, prêt à vous plonger dans un monde sensible, familier, et à l’équilibre fragile. Ce monde, cette famille, c’est bien la vôtre. Un père, une sœur, une maison ou un chien…, pendant 20 ans ou 20 minutes, chacun sera le héros, le banni, l’observateur ou la solution de tranches de vies si imparfaitement fantasmées qu’elles en deviennent sincères. Rémi Bezançon calque son ambitieuse mise en scène, vivante et sucrée, sur les contours de personnages transcendés par la performance des acteurs. Pio MARMAI, le québecois Marc-André GRONDIN (qui perd son accent pour l’occasion), et Déborah FRANCOIS s’alignent avec brio sur la partition impeccable de Gamblin et Breitman.

La gifle affective, aussi douce et bienfaisante soit-elle, nous désarçonne au terme d’une
péripétie douloureuse. Pour un regard, témoin d’un tourbillon infini, il devient alors bien
agréable d’écouter encore et encore le tube éponyme, délicieusement usé, d’Etienne DAHO. Et « puis un soir, le rideau tombe », et nous, spectateurs privilégiés, nous raccrochons au regard mutin de Fleur. Le cœur en montgolfière, le générique nous raccompagne paisiblement à la sortie d’une maison, d’une vie, d’une famille éternelle que l’on ne voudrait jamais plus quitter.

Vous l’aurez compris, cette critique n’en est pas vraiment une… plutôt une ovation aphone et, surtout, un grand merci au premier film du reste du cinéma français.

One comment to [Flashback] Le Premier Jour du Reste de ta Vie (2008) de Rémy Bezançon

  • simon chevalier  dit:

    Je viens de le revoir cinq ans après sa sortie et c’est toujours la même crise de larmes!!! Tout est dit!!!

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