[Flashback] Irréversible (2002) de Gaspar NOE

Ce film a été interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles.

Par Michaël ROSSI

Le temps détruit tout.

Il ne reste plus  qu’à tenir jusqu’au début.
Sans le vinaigre, le miel n’est pas vraiment le miel. La fin est lumineuse, la fin est insoutenable.

En conclusion, Irréversible répond à La Haine. Ce qui est important ici, ce n’est pas l’atterrissage, mais bel et bien la chute. Jusqu’ici, tout va mal. L’homme tombe.

S’il n’y avait que la haine…
Si seulement il n’y avait pas le talent… peut être aurions nous eu une chance de ne pas sombrer avec l’Arche de Noé. La fin est insoutenable.

Le monde n’est pas juste, il n’est rien de plus qu’un immense trou béant. Le mal s’en sort, le bon s’écroule, la morale erre sans défense, sous la menace de la laideur. Mais ça personne n’en veut. On en vomit, on se débat de toutes nos forces pour ne jamais avoir à assister à ça. Débattez-vous…

Alors pourquoi toute cette horreur ? La cruauté de Noé nous frappe à terre. Elle nous prend à revers,  nous tabasse et nous maintient la tête dans les chiottes.
Mais après tout, même la plus terrifiante des tornades n’est riche que du vent.
La caméra nous menace. Où qu’elle se place, quel que soit le corps, la plaie… du vacarme à Beethoven, de la haine à l’amour, de la vengeance au rire… qu’importe la perspective, encore un bonheur de plus et nous sommes perdus. La fin est insoutenable.

Puis toute la laideur de ce monde s’abat sur nous. L’humain nous devient étranger, nous nous sentons fatalement seul. La vengeance se déguste à chaud, saignante, au moins…
Le loup est entré. Il était là depuis la fin, la probabilité a seulement frappé la première. On ne peut lui opposer aucune résistance dans la peau d’un agneau. La violence est une musique sourde jouée par un monstre tapis au fond de chacun d’entre nous. Face à la folie, à la laideur de l’être, à la perversion… elle tombe le masque et répand son venin…  La soif de vengeance ne s’étanche que par le sang. La fin est lumineuse, la fin est insoutenable.

Des amis, de l’amour, des excès aussi… autant de lieux communs et d’habitudes qui nous font traverser la vie confortablement, accompagnés d’un zeste de frayeur et d’incertitude. Cette pincée d’excitation nourrit les millions de petits aventuriers qui ne se lasseront pas de rappeler sans cesse que «  c’est la vie… ».
Les petits tracas, les gens qui partent et qui reviennent, puis tout le reste aussi… ce reste n’inquiète pas, il est obscur et lointain. Il existe dans les films, dans les romans, c’est arrivé au voisin une fois…
La fin est insoutenable.

Un couple se réveille. Les corps nus sont engourdis par l’amour et la fatigue.  Tour à tour coquins, intimes, moqueurs, toujours sincères, les deux amants s’épanouissent dans la lumière douce d’un loft parisien. Des gens jeunes et amoureux. Le reste est lointain. C’est la vie.
Une vie qui va basculer… un grand bonheur qui se prépare. Cette petite pincée d’incertitudes qui nous rend si vivant. Au détour d’un long couloir, d’une porte entrebâillée, une jeune femme se prépare à accueillir la vie. Le reste s’éclaircit brusquement…  la lumière s’engouffre dans la pièce. Le ciel a-t-il déjà été aussi bleu ?
Le début est lumineux. Le début est insoutenable, parce que c’est un mensonge.

Le temps détruit tout.

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One comment to [Flashback] Irréversible (2002) de Gaspar NOE

  • POUZAC  dit:

    WHAOUUU, cette critique laisse pantois avec une trouble et « irreversible » envie de voir ce film melangée à la crainte de ce qu’on va y découvrir….ma curiosité est à son comble !

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