[FIPA 2018 – 31e édition] Anne GEORGET, présidente du FIPA : « Le téléguidage des algorithmes vire à l’enfermement. Avoir le loisir d’être surpris, d’être happé, c’est le sel de la vie ! Et c’est la force de la télévision linéaire »

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Alors que la 31e édition du FIPA – Festival international de la création audiovisuelle se tient actuellement à Biarritz avec une forme renouvelée et une place toujours plus grande accordée à l’innovation, FrenchCineTV est sur place pour couvrir l’événement. L’occasion d’aller à la rencontre de la nouvelle présidente de la manifestation, la documentariste Anne GEORGET.

Nicolas SVETCHINE : Le FIPA ouvre cette année une section compétitive spécifique couronnée par le prix du public. Des rencontres avec les équipes de films sont également destinées au public. Est-ce ainsi une volonté de votre part d’ouvrir davantage ce festival au plus grand nombre alors qu’il est aujourd’hui essentiellement reconnu comme festival professionnel ?
Anne GEORGET : On a le désir d’impliquer les habitants de Biarritz, c’est très important. Et puis nous favorisons les rencontres car pour des personnes comme nous qui faisons des programmes de télévision, c’est très important d’avoir le retour de nos téléspectateurs, ce qui ne permet pas par définition la diffusion télé. Là, c’est une chance de rencontrer le public, il ne faut pas la rater !

Pourquoi avoir décidé de restreindre le nombre de films en compétition cette année ?
Un jury doit pouvoir absorber des films d’une manière raisonnable, et je pense que visionner quatre films par jour, c’est bien et suffisant car ce sont des films qui vous impactent forcément. On ressent des émotions et on ne peut ainsi être sur un rythme trop intense.
Ça nous permet par ailleurs d’être encore un peu plus exigeant en soumettant au jury la crème de la crème !

La catégorie Grands reportages et Investigations n’existe plus. Elle n’avait pas sa place sur ce festival ?
Le distinguo entre un reportage et un documentaire datait de la création du festival. Et c’est vrai qu’entre professionnels, on peut parfois s’écharper des nuits entières sur cette frontière très poreuse. Donc ça ne nous a pas tellement semblé opérationnel de conserver cette séparation et on s’est aligné sur ce qui se pratique dans tous les grands festivals européens et même mondiaux.

On remarque une attention particulière portée vers le jeune public et les groupes scolaires avec une programmation spéciale. Est-ce un moyen de les éduquer à l’image en abordant des sujets de société et en revisitant l’histoire depuis le prisme de la fiction ou du documentaire ?
Oui, c’est très important et j’y tiens beaucoup. On dit que les jeunes n’ont pas une attention soutenue et sont beaucoup plus attirés par des récits très courts, notamment par tout ce qui peut transiter sur les réseaux sociaux. Je pense néanmoins que tout doit coexister et qu’on peut être un amateur des formes narratives propres aux réseaux sociaux et même temps -à un moment donné, si le récit est bon et qu’il arrive à vous capter – prendre le temps de rencontrer des personnages. Je ne vois pas pourquoi les jeunes d’aujourd’hui n’aimeraient pas qu’on leur raconte des histoires.

Quel regard portez-vous sur les algorithmes qui orientent les contenus ?
Je pense que c’est un peu effrayant. Quand nous achetons en ligne un film, ou même un livre, immédiatement nous avons trois propositions qui nous sont soumises : « vous avez aimé ça… vous pourriez aimer ça ». Le problème, c’est que ça nous amène toujours vers le même type de contenu que nous apprécions. Or, je veux croire que les humains peuvent aimer des choses complètement différentes. On peut très bien se passionner pour un documentaire de société et pour un film de science-fiction qui a priori n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Au bout d’un moment, le léger téléguidage vire à l’enfermement. Avoir le loisir d’être surpris, d’être happé, c’est le sel de la vie !
À nous d’essayer de trouver des moyens de contourner ces algorithmes par la puissance des récits, de forcer la porte de la curiosité en retenant l’attention des téléspectateurs et en ce cens, je pense que la télévision a un rôle d’éducation politique très important en amenant à être agréablement surpris par quelque chose que l’on n’avait pas prévu de regarder. C’est la force de la programmation linéaire et, même si aujourd’hui la télévision est beaucoup visionnée en replay, c’est important que la diffusion linéaire perdure.

Le FIPA est depuis plusieurs années tourné vers les nouvelles écritures, est-ce en ce sens que vous avez créé un Prix de l’Innovation pour cette nouvelle édition ?
D’une part, on a fait le choix d’intégrer les nouvelles écritures et notamment les créations en réalité virtuelle au sein de la compétition officielle pour montrer qu’il s’agit d’une nouvelle manière de faire du documentaire ou de la fiction. Mais comme c’est aussi très compliqué pour un jury de comparer les deux formes parce que ce sont des œuvres qui mettent en jeu des grammaires très différentes, on a décidé de leur laisser une chance supplémentaire en instaurant un jury dédié qui n’allait regarder que ces œuvres-là.

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