Festival du Cinéma Européen en Essonne 2013 – Jour 2 (14/11/2013)

Par Simon CHEVALIER

Pour cette deuxième journée de festival, c’est au Cinéma François-Truffaut que nous avions rendez-vous pour un Portrait de Cinéaste, celui de Robert GUEDIGUIAN. Christophe KANTCHEFF, l’auteur de Robert Guédiguian, cinéaste (éd. Arts et Spectacles 2013) est venu nous présenter le premier film du réalisateur Dernier été qui date de 1981. A l’aide d’extraits tirés de ses œuvres, nous avons pu découvrir un portrait en 5 chapitres tendant à explorer les caractéristiques et singularités de l’artiste marseillais.

Marseille est d’ailleurs l’objet du premier chapitre. Si Robert GUEDIGUIAN a fait de sa ville le décor de son premier film alors qu’il n’avait que 17 ans, c’est avant tout par facilité après l’échec d’un projet antérieur qui, lui, ne devait pas du tout être tourné dans la cité phocéenne. Et, en même temps, s’il filme le quartier où il a grandi, ce n’est pas pour faire un documentaire mais une pure fiction aux thèmes universels, en l’occurrence l’extinction aussi bien intellectuelle que sociale des villes ouvrières au tournant des années 80. Ses deux premières œuvres Dernier été et Rouge Midi, ainsi que Marius et Jeannette qu’il signe 10 ans plus tard, sonnent comme un témoignage sur le changement du quartier de l’Estaque et un hommage aux générations de travailleurs qui l’ont fait vivre. « On vit dans un chef d’œuvre mais on a les mains dans le cambouis » dit Jean-Pierre DARROUSSIN dans A l’Attaque : cette phrase résume tout le côté social de la filmographie de Robert GUEDIGUIAN.

La deuxième caractéristique du cinéaste, c’est la fidélité qu’il entretient depuis 30 ans aussi bien avec ses acteurs comme Ariane ASCARIDE (sa femme), Gérard MEYLAN (son ami d’enfance), Jean-Pierre DARROUSSIN (qui n’était pas dans ses premiers films car son accent marseillais était jugé mauvais) ou Jacques BOUDET, qu’avec ses techniciens. Le fait d’avoir construit toute son œuvre autour des mêmes comédiens lui permet d’utiliser des images de ses anciens films comme flashbacks, ce qui est unique dans le cinéma français et crée à chaque fois une émotion particulière et une réflexion sur le temps qui passe en apportant une touche de nostalgie, comme si nous suivions les mêmes personnages depuis 30 ans.

La musique est également très importante dans la filmographie de Robert GUEDIGUIAN qui a été très inspiré par Pier-Paola PASOLINI dont l’une des spécificités était d’utiliser des œuvres élitistes afin d’accompagner des personnages populaires. Il utilise des compositions de Vivaldi ou de Ravel mais également des titres d’Indochine ou de Johnny HALLYDAY. La B.O. lui sert d’amplificateur d’émotions mais lui permet également d’exprimer toutes les nuances de la psychologie de ses personnages.

Une des autres caractéristiques de Robert GUEDIGUIAN est son rapport à la nudité. Celle-ci est beaucoup traitée dans son œuvre mais, contrairement à certains cinéastes, il n’en fait pas une simple évocation sexuelle. Les corps sont filmés de façon iconique et sont toujours beaux, quelque soit l’âge des acteurs. Alors qu’il filme une classe ouvrière et populaire, il la magnifie dans ces scènes toujours bien cadrées et d’une grande dignité.

Enfin, Robert GUEDIGUIAN sait faire preuve de beaucoup d’autodérision dans ses comédies jouant avec son image de réalisateur soi-disant angélique et manichéen. C’est l’un des rares cinéastes capable de regarder son œuvre avec un œil de critique tout en défendant âprement ses choix comme il y a quelques années après l’échec du film A la place du cœur.

Si Marius et Jeannette reste son œuvre phare (avec plus de 2 millions d’entrées), Robert GUEDIGUIAN a réussi à construire une filmographie qui lui ressemble, tendre et ensoleillée, presque une saga marseillaise dont Dernier été est le premier épisode.

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