[Festival Cinessonne 2015] Rencontre avec Patrice LECONTE

P1010542

Par Simon CHEVALIER

En ce Vendredi 13 Novembre, nous avons eu de la chance. La chance de rencontrer un amoureux du cinéma, un vrai. Après 4 ans d’attente, Patrice LECONTE est l’invité d’honneur du Festival Cinessonne. Au cinéma « Le Cyrano » de Montgeron, il a participé à une conversation autour de sa carrière longue et multiple. Volontiers taquin, il a contribué à l’aspect détendu et convivial de ce rendez-vous.

P1010552

Interrogé par Eric DALIZON, le délégué général du Festival, ce Tourangeau d’origine a évoqué sa formation à l’IDHEC (Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques), l’ancêtre de la Femis, « endroit poussiéreux qui a volé en éclats avec les événements de Mai 1968« . Passionné de dessin – il a renoué dernièrement avec cette discipline en réalisant Le Magasin des Suicides, son premier film d’animation -, il choisit alors de ne pas suivre la voie classique vers le métier de réalisateur, c’est à dire devenir stagiaire puis assistant mise en scène, mais d’intégrer la rédaction du magazine « Pilote ». Cette expérience lui apprendra à raconter des histoires de façon concise, ce qui explique que ses films ne soient jamais très longs, 1H30 en général. De même, il souligna l’importance des courts-métrages pour « s’exercer à manier la pellicule ».
Ses débuts dans la comédie avec Les WC étaient fermés de l’intérieur sont remarqués par la troupe du Splendid qui ne veulent que lui pour réaliser l’adaptation de leur pièce Amour, coquillages et crustacés.
L’immense succès des Bronzés et de sa suite Les Bronzés font du ski l’installe au sommet du cinéma d’humour, statut renforcé par Viens chez moi, j’habite chez une copine en 1981, véritable comédie de son temps. Il travaille sur ce projet avec Michel BLANC chez qui il a tout de suite senti un besoin d’indépendance. Il lui offrira son premier rôle dramatique en 1989 avec M. Hire – ce qui fera peur à l’acteur et au réalisateur mais les stimulera également – en remplacement de Coluche, d’abord pressenti mais décédé peu de temps avant le tournage.

P1010530

Le passage de Patrice LECONTE de la comédie à un cinéma d’auteur fut initié par le producteur Christian FECHNER qui lui suggère de s’ouvrir à d’autres genres avec le projet des Spécialistes, un film d’action et d’aventures. La filmographie du cinéaste étant très variée – avec des mises en scène toujours diversifiées et pas anodines -, on peut se poser la question des points communs entre toutes ses œuvres. Une question à laquelle le réalisateur a une réponse depuis qu’il a rencontré un jeune homme « pointu et pertinent » ayant étudié son travail. Selon lui, 80% des films du cinéaste sont des histoires de rencontre et se situent dans un monde à part, un univers familier de tous – un salon de coiffure, la cour de Versailles, le Club Méditerranée… – mais revisité afin d’en montrer des aspects méconnus, ce que Patrice LECONTE appelle du « naturalisme détourné ». Ce qui est sûr, c’est que, quand le réalisateur décide de faire un film, il le fait avec la même passion, le même amour. Jamais il n’a tourné pour l’argent ou en ne croyant pas au projet. Même quand il n’est pas à l’origine du scénario, comme cela s’est passé avec Ridicule, écrit par Rémi WATERHOUSE, il a besoin de se retrouver dans l’histoire, de vibrer pour elle. En plaisantant, il prévient qu’il ne tournera jamais de James BOND.

P1010540

A ceux qui trouvent son cinéma très écrit et bavard, il répond que c’est la tradition du cinéma français, descendant de Michel AUDIARD et même de Molière. Il porte une admiration particulière à Michel HAZANAVICIUS pour avoir fait The Artist mais lui ne se sent pas capable de ne pas utiliser de mots.
En ce qui concerne le casting, il l’a souvent en tête dès le début du projet – Vanessa PARADIS pour La Fille sur le Pont, Johnny HALLYDAY et Jean ROCHEFORT pour L’Homme du Train, Jean-Pierre MARIELLE, Philippe NOIRET et Jean ROCHEFORT pour Les Grands Ducs -, cela le stimule.
Même chose pour la musique qui est une partie intégrante de son cinéma. Pour La Veuve de Saint-Pierre, il avait fait appel à un compositeur qui avait travaillé sur trois thèmes avant même le début du tournage. Son rêve serait d’ailleurs de tourner une comédie musicale. En parlant de musique, le rythme est également très important chez Patrice LECONTE qui tient à modifier le tempo au gré des scènes d’un film pour éviter l’ennui.

P1010527

Le cinéaste nous a également fait part de son indignation au vu de certaines comédies françaises actuelles. La pression des producteurs et surtout des chaines de télévision, toujours en quête de films drôles pour leur prime time, aboutit de plus en plus à la réalisation de comédies navrantes et sans intérêt, dégoûtant certains spectateurs du cinéma français, d’où ce cri du coeur du réalisateur : « Il y a trop de comédies en France ! ».
Quand il évoque son rapport au box-office, Patrice LECONTE le fait de façon très simple : à chaque succès, il fait le plein de sérénité, retrouve la confiance sans céder à l’arrogance; à chaque échec, la honte le submerge mais généralement, le film suivant étant déjà en chantier, il n’a pas le choix et doit continuer.
De plus, au vu de ses succès passés, les producteurs se montrent indulgents et celui qui se considère ni comme un artiste, ni comme un artisan mais comme quelqu’un qui fait de son mieux peut profiter de sa liberté d’inspiration acquise de haute lutte.
S’il y a une valeur dans laquelle se retrouve le cinéaste, c’est la fidélité, que ça soit avec ses comédiens ou ses techniciens (il travaille ainsi depuis des années avec la même chef monteuse).
Néanmoins, il tient à entretenir une part de séduction avec ses partenaires professionnels : « Dès qu’on tombe dans la routine, on est mort ». Une séduction qu’il exercera prochainement sur Josiane BALASKO qu’il a choisi pour incarner le personnage principal de son prochain long-métrage, l’histoire de « Mamie Loto », cette retraitée du Nord dont les mésaventures avec le Fisc ont ému la France en 2014.
Pour terminer, à la question d’une spectatrice qui lui demandait lequel de ses films était le plus personnel, il répondit Le Mari de la coiffeuse car, sans raconter sa vie, il a mis beaucoup de son intimité dans l’amour que porte Jean ROCHEFORT à Anna GALIENA. Et paradoxalement, c’est également son oeuvre la plus universelle qui fut distribuée dans le monde entier avec un succès qui combla de joie son réalisateur.

P1010547

A l’issue de cette rencontre, un trophée d’honneur fut remis à Patrice LECONTE pour l’ensemble de sa carrière. Ce fut un bonheur que d’assister à ce rendez-vous, un bonheur d’autant plus précieux qu’à la sortie de la salle, nous apprenions que le malheur s’était abattu sur Paris. A la suite de ces événements tragiques, le Festival fut suspendu pendant deux jours mais finit par reprendre en signe de résistance.
Toute l’équipe de FrenchCinéTV s’associe à la douleur des victimes et de leurs familles que nous n’oublierons pas.

Laisser un commentaire.


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>