[Festival Cinessonne 2014] « Van Gogh » de Maurice PIALAT (1991)

Par Simon CHEVALIER

Cette année, le Festival Cinessonne a décidé de donner une carte blanche à Pascal MERIGEAU, écrivain et critique cinéma. Celui-ci donna donc rendez-vous ce Vendredi soir au cinéma « Le Cyrano » de Montgeron pour redécouvrir Van Gogh de Maurice PIALAT, un film  aussi âpre que naturaliste. Ce long-métrage retrace les deux derniers mois de la vie du peintre et nous révèle finalement un artiste pas si maudit que ça.

Pascal MERIGEAU commença par expliquer la genèse du projet du cinéaste qui était attaché à Vincent VAN GOGH pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Maurice PIALAT avait été peintre dans sa jeunesse mais, faute de succès, avait très vite abandonné. Ensuite, c’est à Auvers-sur-Oise qu’il a tourné ses premiers films amateurs. Enfin, son long-métrage aborde le rapport de l’artiste avec le commercial, un thème sur lequel il a le même point de vue que Vincent VAN GOGH. Malgré ces liens importants, c’est Daniel AUTEUIL qui sera indirectement à l’origine du film. Souhaitant travailler avec le réalisateur de L’Enfance Nue, il lui propose d’adapter Les derniers jours de Charles BAUDELAIRE de Bernard-Henri LEVY : le cinéaste n’aime pas le livre et refuse d’en faire un film. Mais cela lui donne l’idée de réaliser un long-métrage sur la fin de la vie de Vincent VAN GOGH avec Daniel AUTEUIL dans le rôle-titre. S’adressant à Daniel TOSCAN du PLANTIER et à Marin KARMITZ pour la production, ceux-ci ont de grandes difficultés à monter le projet. C’est alors que l’acteur reçoit une proposition qu’il ne peut refuser : jouer Les Fourberies de Scapin au Festival d’Avignon. Maurice Pialat prendra cette décision pour une trahison et se brouillera avec lui. Après avoir pensé à Lambert WILSON, il choisit Jacques DUTRONC, un acteur qu’il aurait voulu diriger dans Loulou.

L’écrivain évoqua ensuite la reconstitution que Maurice PIALAT avait voulu minutieuse. Même les tiroirs des meubles qui n’étaient pas destinés à être ouverts étaient remplis de linge et de vaisselle d’époque. Un plan résume la puissance apportée par cette exigence. Au début du film, Vincent VAN GOGH dîne dans une auberge et, à travers les vitres derrière lui, on voit passer une charrette de foin. Cette scène sera d’ailleurs qualifiée par Patrice CHEREAU de « moment de vérité d’une intensité dingue« . Malgré tout, un anachronisme s’est glissé dans le film : La Butte Rouge, que chante un accordéoniste dans une scène de cabaret, n’évoque pas la Commune mais la Première Guerre Mondiale et a été créée en 1919. D’autres détails intriguent : la veste portée par le peintre dans la quasi-totalité du film est celle de Jacques DUTRONC et dans la scène du cabaret, le réalisateur utilise une musique de western. Mais Pascal MERIGEAU souligne que tout ceci ne fait que renforcer la modernité que Maurice PIALAT a voulu donner à son sujet.

Une autre caractéristique du cinéaste était de faire tourner des acteurs non-professionnels. Il l’a fait dès son premier film et, pour Van Gogh, a fait appel à la concierge de son immeuble, à la gardienne du gite rural où il logeait pendant le tournage et à une pharmacienne qu’il avait déjà dirigée dans Sous le Soleil de Satan.

Enfin, Pascal MERIGEAU indiqua que, s’il avait choisi cette oeuvre parmi toutes celles composant la filmographie de Maurice PIALAT, ce n’était pas parce que c’était son film préféré mais parce qu’il était le plus représentatif de son réalisateur : « Seul PIALAT pouvait faire ça !« 

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