[Festival Cinessonne 2014] « Brooklyn » de Pascal TESSAUD

Par Simon CHEVALIER

La culture hip-hop était à l’honneur ce Mardi soir aux Cinoches de Ris-Orangis avec la présentation de Brooklyn, troisième film en lice dans la compétition française.

En guise de prologue, les spectateurs ont pu découvrir un court-métrage lui aussi en compétition dans la sélection française : Ce qui me fait prendre le train de Pierre MAZINGARBE. Cette oeuvre étrange et onirique est une relecture du mythe d’Orphée dont la beauté formelle, renforcée par le Noir et Blanc, est associée à quelques fulgurances burlesques.

Pascal TESSAUD et Lorenzo CIESCO, le directeur des Cinoches

Puis, place à Brooklyn, l’héroïne du premier long-métrage de Pascal TESSAUD. Cette jeune rappeuse d’origine suisse qui cherche à se faire une place dans le monde du hip-hop à Saint-Denis a enthousiasmé une salle éclectique, impressionnée par la qualité d’un film réalisé en autoproduction avec un budget de 6000 Euros, ce qui est extrêmement peu. Mais le réalisateur a su prendre son temps – un scénario qu’il a travaillé pendant 2 ans en atelier d’écriture, 6 mois de recherche pour trouver son actrice principale, 5 mois de montage – et s’entourer d’une équipe de techniciens amateurs très polyvalents. Le but qu’il s’était fixé était de réaliser un film qui lui ressemble, lui, le fils d’ouvrier qui doit au hip-hop des années 90 son apprentissage des mots et de la poésie. Pour cela, il a formé une troupe avec des amis de Saint-Denis à qui il avait pensé au moment de l’écriture du projet. Se transformant en prof de théâtre, il n’a eu besoin de leur donner que les bases du travail d’acteur, laissant ensuite à ces rappeurs spécialisés dans le « free style » le soin d’improviser leurs dialogues. Cette prise de risques était contrebalancée par une exigence et un nombre important de prises. Le résultat est un pur exemple de Cinéma Guérilla, ces films faits avec de petits moyens mais porteurs d’une authenticité et d’une fraîcheur que l’industrie cinématographique française a perdu.

Pascal TESSAUD s’est d’ailleurs élevé contre un cinéma qui, quand il parle de la banlieue, manque de connaissance sur le sujet. Avec d’autres, il représente une « Nouvelle Vague » prolétarienne de cinéastes issus des quartiers et qui n’ont de cesse de s’emparer des nouvelles technologies pour montrer le vrai visage de ceux-ci, à l’image du cinéma indépendant américain.

Enfin, le réalisateur a qualifié son film d’acte de résistance car il prône un rap littéraire et engagé bien loin des artistes phares que les médias spécialisés portent aux nues et qui font l’apologie de l’argent, de la drogue et du crime.

Film pirate s’étant allègrement affranchi de toutes les règles du CNC pour pouvoir exister, Brooklyn doit désormais être légalisé avant une sortie en salles prévue pour Avril 2015. Mais après sa sélection au Festival de Cannes et les projections enthousiastes qui se multiplient à travers la région parisienne, nul doute que cette oeuvre est promise à un beau succès.

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