[Dossier] Les sagas d’été : retour sur un genre disparu (1/3)

Par Nicolas SVETCHINE

Si durant plus de 15 ans, la « saga d’été » a été un programme phare durant la période estivale, les chaînes de télévision semblent aujourd’hui se détourner de ce genre. En effet, depuis 5 ans, la traditionnelle saga de l’été est absente des grilles des programmes durant la saison estivale. TF1 signera ainsi sa dernière saga durant l’été 2007 avec Mystère, tandis que France 2 continuera jusqu’à l’été 2008 avec Terre de Lumière.
M6 sera la seule chaîne à persévérer l’été suivant en mettant à l’antenne la saga Eternelle.
Pourtant, ces sagas d’été – véritable spécificité française – auront fait les beaux jours de TF1 et France 2, avec des audiences comprises entre 8 et 13 millions de téléspectateurs (rappelons cependant qu’à l’époque, la TNT n’était pas encore présente dans le paysage audiovisuel français).

En ce dernier jour d’été, FrenchCineTV propose de vous replonger dans les sagas les plus marquantes de ces dernières années au travers d’un dossier spécial sur le sujet.
Après une analyse thématique et un bref historique du genre, nous nous focaliserons sur certaines grandes sagas qui ont marqué les esprits.

Des codes incontournables

La saga d’été est un genre à part entière avec ses propres codes et ingrédients. Il s’agit souvent de deux clans rivaux qui s’affrontent, d’une histoire d’amour contrariée et des secrets de famille qui viennent se greffer au scénario. Si la saga d’été est plutôt à l’origine une mini-série familiale, au fur et à mesure des années, des éléments mythologiques ou fantastiques font leur apparition et le genre bascule parfois vers le polar.
Parmi les éléments clés d’une saga estivale, il y a notamment le décor. Ces séries prennent place dans des paysages naturels qui renforcent l’ancrage du scénario. Le décor doit faire rêver par sa charge émotionnelle avec très souvent une grande demeure familiale.
On note également la plupart du temps la présence d’une héroïne au tempérament fort, de retour au pays.

Un genre ancré dans notre vie et dans notre culture

La saga d’été permet d’approfondir des personnages, de développer des caractères, de découvrir des régions, des métiers, des situations… Elle reflète également un moment historique du pays en racontant ses problématiques. Il s’agit donc d’un genre très ancré dans la vie du pays. Selon Nicole Jamet, scénariste : « La saga d’été était un genre profondément ancré dans notre culture. Lorsque Marie-Anne Le Pezennec et moi-même avons écrit et proposé Dolmen, on avait une passion qui concernait les grands romans feuilletons du XIXe siècle. Dolmen, c’est l’héritage de ces grands romans fleuves du XIXe qui étaient romanesques, fondés sur une mythologie, sur des problèmefondamentaux de l’homme et la société ».

Paysages, cultures et identités régionales à l’honneur

Les sagas d’été sont aussi des formidables cartes postales de nos régions, permettant ainsi de mettre à l’honneur des territoires et leurs cultures : le Pays Basque avec Le Bleu de l’Océan (TF1) , les Alpes (Savoie et Haute-Savoie) avec L’Eté Rouge (TF1), la Côte d’Azur et son arrière-pays avec Méditerranée (TF1) ou Laura (M6), la Provence avec Zodiaque et enfin le Pays Cathare avec Tramontane qui, au delà des paysages de vignobles et châteaux, ira jusqu’à intégrer l’histoire cathare comme toile du fond au scénario.

Une évolution du genre : du mélodrame familial au fantastique en passant par le polar…

Si certains considèrent que Les Oiseaux sa cachent pour mourir en 1983 est la toute première saga d’été, en réalité, la première du genre à voir le jour est Le vent des moissons en 1988, réalisé par Jean Sagols que l’on retrouvera plus tard au générique de nombreuses autres sagas estivales.
En 1993, le public découvre Le Château des Oliviers sur France 2 et se passionne pour le combat d’Estelle Laborie (Brigitte Fossey)  qui souhaite sauver la demeure familiale menacée d’être engloutie sous les eaux d’un lac artificiel… 20 ans après, cette saga reste toujours présente dans la mémoire des téléspectateurs !

De 1999 à 2005, il s’agit de l’âge d’or des sagas d’été avec notamment TF1 qui enchaîne les succès avec les brillantes sagas Tramontane (1999), L‘Eté Rouge (2002), Zodiaque (2004) et enfin l’excellente Dolmen (2005), qui restera à ce jour la saga d’été la plus regardée avec presque 13 millions de téléspectateurs pour la diffusion du dernier épisode ! Une performance colossale qui permettra à la saga d’être le 2ème programme de télévision le plus regardé de l’année 2005, toutes chaînes confondues !

En 2001, deux ans après le succès de Tramontane, TF1 programme Méditerranéavec notamment Ingrid Chauvin. Aux commandes de cette saga, nous retrouvons la même équipe que le feuilleton cathare : même réalisateur (Henri Helman), mêmes scénaristes (Yvan Lopez, Olivier Szulzynger et Georges Desmouceaux), mêmes ingrédients et même trame de fond (cette année-là, la mythologie grecque remplace les trésors cathares).

Le genre commence à s’essouffler mais l’année suivante, en 2002, TF1 innove en faisant le pari de proposer une intrigue policière pour sa saga estivale.
L’Eté Rouge (racontant l’histoire d’un homme incriminé à tord et contraint de mener une enquête pour prouver son innocence) est donc la première saga d’été a être déclinée sur le mode du polar (c.f notre décryptage sur cette saga). Pari risqué mais réussi avec plus de 10 millions de téléspectateurs lors de la diffusion du dernier épisode et une audience crescendo tout au long des diffusions.

L’année suivante avec le Bleu de L’Océan, on retrouve sur TF1 une saga d’été beaucoup plus classique, assez réussie dans son ensemble mais qui n’aura pas vraiment marqué le public. Cette série est plus une sorte de transition puisque TF1 avait déjà lancé l’écriture de cette saga avant le gros succès de l’Eté Rouge.

En 2004, deux ans après le triomphe du polar montagnard L‘Eté Rouge, TF1 décide à nouveau de proposer une saga d’été policière. Zodiaque, avec en têtes d’affiche Francis Huster et Claire Keim, permettra à TF1 d’enregistrer de très bonnes audiences (c.f notre focus sur cette saga dans la 3ème partie de notre dossier) en développant davantage les recettes du polar.

En 2007, TF1 voulant continuer à surfer sur la vague du fantastique (après l’énorme succès de Dolmen, deux ans plus tôt), propose de s’intéresser aux crops circles avec Mystère, une mini-série s’éloignant fortement du genre « saga d’été », avec un scénario parfois douteux qui n’aura pas convaincu grand monde. En l’espace de 4 semaines, la série aura perdu jusqu’à 3 millions de téléspectateurs entre le premier et le dernier épisode…
Face à cet échec, TF1 décide de ne pas reconduire de nouvelles sagas les étés suivants et le projet Dolmen II, pourtant bien avancé, restera finalement sans suite (certainement suite au succès en demi teinte du Maître du Zodiaque, la suite de la saga Zodiaque).
Nicole JAMET, co-scénariste de Dolmen, nous confiait d’ailleurs en juillet dernier à Série Séries (Festival Européen des séries TV) son incompréhension sur le fait que TF1 se soit rétractée quant au développement d’une suite pour la saga : « Pour moi, c‘est une aberration puisqu‘il s’agissait d’un immense succès populaire eque le public attendait une suite. Il y avait une réelle attente… Il suffit de voir l’engouement que la série avait suscité sur les forums durant plusieurs années… TF1 envisageait sérieusement la suite de la saga et nous avions commencé à l’écrire mais ils n’ont pas donné suite et nous avons donc décidé de publier les deux opus suivants sous forme de romans ».

Les tentatives d’M6

Suite au succès des différentes sagas diffusées sur TF1 et France 2, M6 s’adonne au genre en 2006 avec Laura. Si les codes propres aux sagas sont au rendez-vous, côté décor, exit le mas provençal classique pour laisser place à une maison d’architecte perchée sur les hauteurs de Nice. Si M6 pourra se satisfaire des audiences de cette série pour son premier essai en matière de saga avec en moyenne 4,2 millions de téléspectateurs et 18% de part de marché, l’audience néanmoins n’aura cessé de chuter au fil des épisodes.
L’année suivante, M6 met à l’antenne Suspectes, une saga plutôt moderne et innovante malgré un réel manque de suspense et un dénouement assez décevant. Ingrid Chauvin, l’une des héroïnes de cette série, signe ici sa 3ème saga d’été après Méditerranée et Dolmen sur TF1.
Deux ans plus tard, en 2009, M6 parie sur Éternelle avec une héroïne au visage familier, Claire Keim, déjà bien connue du grand public pour son rôle d’Esther Delaitre dans Zodiaque et Le Maitre du Zodique. Suite à des audiences moyennement satisfaisantes et un coût de production élevé, M6 ne reconduira plus de sagas estivales les étés suivants, tout comme TF1 et France 2.

La disparition de ces sagas d’été à la télévision pourrait ainsi s’expliquer par des audiences en berne et un genre qui semble s’épuiser après avoir exploité au maximum le filon du polar et du fantastique. Les renouveler ne s’avère donc pas chose facile et le choix de TF1 de prendre beaucoup de distance en laissant de coté les principaux ingrédients des sagas d’été ne fut pas non plus un choix très judicieux de leur part lorsqu’ils programmèrent Mystère .
De plus, face à la crise, les chaînes ne semblent plus vouloir s’engager de nouveau dans ce genre de programme, particulièrement cher à produire.

Nous vous donnons rendez-vous dès demain pour découvrir la suite de notre dossier consacré aux sagas Tramontane et L’Eté Rouge avant de retrouver dès lundi un focus sur Le Château des OliviersTerre Indigo et Zodiaque.

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