[Critique + Reportage] « Les Variations » de Macha OVTCHINNIKOVA (05/02/2014)

Par Simon CHEVALIER

Le Mercredi 5 Février dernier, FrenchCineTV a été convié à la première du film Les Variations au cinéma Le Saint André des Arts à Paris.

L’occasion de rencontrer Paul BESSON et surtout Ophélie BAZILLOU, les deux acteurs principaux de ce premier long-métrage de Macha OVTCHINNIKOVA qui nous avait proposé il y a quelques mois la même histoire en format court, comme un teaser, et qui enrichit ici son récit sur la mémoire et les souvenirs.

Dans ce film, nous recueillons les confidences de Jeanne qui raconte sa vie, face caméra ou en voix off, de son enfance solitaire au drame qui la fauche en pleine jeunesse puis sa recherche sans fin d’un amour idéalisé. Ce personnage, qui vieillit tout au long du film, passant d’une vingtaine d’années à la cinquantaine, est interprété avec beaucoup de justesse et de sensibilité par Ophélie BAZILLOU, actrice de 25 ans dont la jeune carrière fourmille déjà d’expériences diverses.

Ophélie BAZILLOU a commencé son éveil artistique par la danse qu’elle pratique depuis l’âge de 3 ans. Pour vaincre sa timidité qui entrave la possibilité d’une carrière, notamment à l’Opéra, elle suit des cours de théâtre alors qu’elle est au collège, tout d’abord dans un groupe d’improvisation, puis au célèbre Cours Florent où elle intègre la prestigieuse Classe Libre. Son père, informaticien, s’inquiétant de l’instabilité du métier de comédienne, l’incite à passer une licence théâtrale à la Sorbonne. Une occasion d’enrichir sa culture des auteurs classiques et de s’ouvrir à la mise en scène. Le papa inquiet décide alors de soutenir sa fille dans son choix et réveille une passion cinématographique qui dormait en lui, ce qui le conduit aujourd’hui à diriger et animer un ciné-club très apprécié des habitants du 15ème arrondissement parisien, le Ciné Quinze.

Dès 2009, Ophélie se lance dans la mise en scène au théâtre en adaptant un film de Pasolini Qu’est-ce que les nuages. Mettant sa grande passion pour la danse à l’honneur, elle ne voit dans cette expérience qu’une occasion d’approfondir son métier. Ce qui frappe quand on rencontre Ophélie, c’est son absence de barrières. Qu’elle travaille au théâtre, au cinéma ou à la télévision (elle a tourné dans les séries Joséphine Ange Gardien, Vive la Colo et Famille d’accueil) ; qu’elle soit actrice, metteuse en scène ou même machiniste, elle n’a qu’un plan de carrière : multiplier les rencontres (elle garde un souvenir ému de son travail avec le regretté Jean-Louis FOULQUIER ou Didier LE PECHEUR) et toujours mettre l’humain avant tout ! Même quand deux courts-métrages dans lesquels elle a tourné sont sélectionnés à Cannes, elle ne voit pas dans le plus célèbre festival du monde les stars ou les paillettes mais l’occasion de rencontrer d’autres gens avec qui échanger.

Alors que la jeune artiste termine le montage de son 3ème court-métrage avant de retrouver le plaisir de l’écriture et de la mise en scène théâtrale, nous lui souhaitons encore une multitude de rôles, chacun d’eux étant pour elle une pierre sur sa compréhension de l’humain et une recherche presque sociologique.

Enfin, attardons-nous sur la révélation de ces Variations. Nous avons eu un vrai coup de cœur pour le jeune Paul BESSON, qui incarne ici Edouard, le frère de l’employée de maison de Jeanne. Ce personnage nous livre également ses souvenirs et notamment le rapport qu’il entretenait, enfant, avec son frère cadet Félix. Paul BESSON interprète ce rôle avec une intensité rare. Quand les larmes lui montent aux yeux et que son souffle devient court, il ne joue plus mais vit les émotions d’un homme qui se délivre enfin de ce qu’il avait sur le cœur. Ce naturel bluffant est sans doute à mettre, au-delà du talent du jeune acteur, sur le compte des circonstances particulières dans lesquelles cette scène a été tournée. En effet, Paul BESSON était pressenti pour jouer un autre rôle moins important. Ce n’est que la veille du tournage qu’il a su qu’il devrait remplacer l’acteur initialement prévu dans le rôle d’Edouard. Mais, pris par un autre projet, il n’a pu travailler sur sa prestation et a découvert le texte le jour de la prise de vues. C’est donc sur le plateau, entre deux mouvements de caméra, qu’il travaillait son texte. Cette absence de préparation lui a permis de vivre plus intensément ce rôle et de l’interpréter de façon presque organique, en y mettant ses tripes.

Pour conclure, si ces Variations peuvent déconcerter certains spectateurs par la mise en scène très alanguie, il reste un film à voir pour ses deux acteurs principaux dont la découverte est la bonne surprise de ce début d’année.

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