A.D. la Guerre de l’Ombre : de l’ombre à la lumière…

Par Anne-Sophie GIRAUD

A l’occasion de la diffusion ce soir de A.D. la Guerre de l’Ombre sur HD1 (voir notre article sur le lancement de la chaîne) réalisé par Laurence KATRIAN, retour sur le parcours chaotique de cette mini-série réalisée en 2007 qui avait pourtant tout pour réussir.

Tout d’abord, il faut savoir que cette fiction revient sur les coulisses du terrorisme européen des années 80 et raconte notamment l’histoire des hommes, dirigés par le Procureur Mattéi, qui ont mené la traque du groupe d’Action Directe jusqu’à leur arrestation en 1987 ce qui a conduit à la fin du terrorisme d’extrême-gauche en France.

La genèse

A l’origine, A.D. la Guerre de l’Ombre est un scénario très documenté de Claude-Michel ROME, réalisateur entre autre de la saga de l’été 2004, Zodiaque et de sa suite, ainsi que de divers téléfilms de qualité tels Dans la tête du tueur ou Rencontre avec un tueur.

Le scénario qui, à l’origine, était davantage un docu-fiction est proposé à Takis Candilis, alors directeur de la fiction de TF1 (il le sera de 1999 à 2008). Ce dernier, qui tente d’insuffler un nouveau souffle à la fiction de TF1 face à des séries vieillissantes comme Navarro afin de tenter de remédier à la crise de la fiction française, accepte le projet et le confie à Laurence KATRIAN, réalisatrice – entre autres – de la série Les Toqués avec Ingrid CHAUVIN. Celle-ci travaille un an à la réécriture du projet, en se documentant de nouveau, que ce soit en visionnant des films d’archive ou bien en rencontrant des protagonistes de l’histoire. Car la mini-série est basée sur des faits authentiques et va même au-delà en avançant certaines thèses. Mais nous y reviendrons plus tard.

Le casting de cette fiction est prestigieux et n’a rien à envier à celui des films destinés au cinéma : on y retrouve notamment Jean-Hughes ANGLADE (37°2 le matin, Nikita), Maria SCHNEIDER (l’héroïne du Dernier Tango à Paris, film sulfureux resté dans toutes les mémoires), Lionnel ASTIER (Kaamelott), Jérôme KIRCHER (Un Long Dimanche de Fiançailles, Clara Sheller) et Dimitri STOROGE (Ni pour, ni contre (bien au contraire) et que nous reverrons plus tard dans un des rôles principaux des Lyonnais).

Mieux encore, A.D. la Guerre de l’Ombre obtient le Prix de la Meilleure Mini-Série au Festival des Créations Télévisuelles de Luchon en février 2008.

Une fiction censurée : pour quelle(s) raison(s) ?

Et pourtant, il faudra attendre la nuit du 8 au 9 décembre 2010 pour découvrir cette fiction sur TF1 aux alentours de 2h du matin. Pourquoi avoir « mis au placard » cette série avant de la diffuser dans l’anonymat le plus total au cœur des programmes de la nuit ?

On a un scénariste renommé, une réalisatrice confirmée, un casting prestigieux et une récompense en festival qui confirme la qualité de l’œuvre : tout pour plaire à la base. Le problème ne vient donc pas de là. D’autant plus que lors de sa projection, la série a fait des envieux au Festival de Luchon : des représentants de Canal + ont fait remarquer à l’équipe que A.D. la Guerre de l’Ombre était dans la lignée de leur production, très ambitieuse, notamment en matière de fiction politique. A ce moment-là, personne n’imaginait que cette fiction n’aurait pas la place qu’elle mérite dans la grille de TF1.

La raison invoquée par TF1 du changement de direction de la chaîne est donc peu probable avec les arguments avancés ci-dessus.

On peut donc affirmer qu’on a eu affaire à une véritable censure de la part de la chaîne. Le sujet de la série, loin d’être politiquement correct, dérange tout simplement, surtout qu’elle était faite pour éveiller les consciences et provoquer des discussions. Car, si la première partie ressemble à un polar assez traditionnel, la seconde partie, quant à elle, ose se démarquer de la production classique de TF1.

En effet, cet épisode évoque la loi d’amnistie qui a permis de remettre en liberté deux membres d’Action Directe, et insiste sur le manque flagrant de moyens mis à disposition des enquêteurs sur cette affaire, alors même que la France est la proie, à cette époque, d’attentats meurtriers. Mais là où la fiction va encore plus loin, c’est qu’elle ose affirmer que les agissements des terroristes sont actionnés par d’autres Etats. La thèse développée dans ce second épisode est donc que les Etats manipulent les groupuscules extrémistes pour conserver le pouvoir. La fiction va même jusqu’à évoquer l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades Rouges. Du jamais vu sur la chaîne historique. Est-ce de là que vient le problème ? Fort probablement. Seulement voilà, pourquoi censurer une œuvre achevée, alors que toutes ses étapes, du scénario au montage, ont été validées avec l’aval de TF1 jusqu’alors ? Il semblerait que la nouvelle équipe de direction de la chaîne n’assume pas totalement le sujet lancé par ses prédécesseurs.

Nouvelle diffusion sur HD1 : dans la lumière cette fois-ci

Ce qui est d’autant plus curieux aujourd’hui, c’est que cette série, soigneusement dissimulée par TF1 pendant plus de deux ans avant d’être diffusée en catimini, le soit aujourd’hui en pleine lumière sur une des six nouvelles chaînes de la TNT, HD1 qui appartient pourtant au groupe TF1, d’autant plus le jour de son lancement qui représente un événement. Que s’est-il passé entre temps pour provoquer ce changement ?

Nous ne le saurons probablement jamais, mais, ce qui est sûr, c’est que ce genre d’initiative n’est, à mon humble avis, pas prête de revoir le jour sur la première chaîne. Alors, profitez bien de l’occasion pour regarder cette œuvre qui restera comme une exception dans le paysage de la chaîne et d’une grande qualité. A voir absolument !

A.D. la Guerre de l’Ombre à (re)découvrir mercredi 12 décembre 2012 à 20h50 sur HD1
Ecrit par Claude-Michel ROME
Réalisé par Laurence KATRIAN
Avec : Jean-Hugues ANGLADE (Procureur Mattéi), Jérôme KIRCHER (Dedecker), Lionnel ASTIER (Kerdjian), Maria SCHNEIDER (Donatienne Klein), Dimitri STOROGE (Régis Schleicher), Sören PREVOST (Jean-Marc ROUILLAN), Marianne BASLER (Raphaëlle Mattéi), Philippe HERISSON (Le Guern), Philippe MAGNAN (Procureur Berthier), Mika TARD (Nathalie Ménigon), Vincent COLOMBE (Fayard), Florence d’AZEMAR (Joëlle Aubron), Stéphane ALGOUD (Georges Cipriani), …

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